malaise à la pétanque...
- aricblog2020

- il y a 12 heures
- 3 min de lecture

"Moi, si tu m’avais demandé mon avis, j’aurais répondu, avec la quasi-
certitude que devrait normalement autoriser un peu de bouteille, « sois
tranquille, c’est un des endroits les plus sûrs que je connaisse ». C’est vrai
que les lieux sont propres, lumineux, accueillants, et tout à fait adaptés à la
pratique qui nous rassemble tous deux fois par semaine (pour les plus
assidus), je veux parler de la pétanque.
La vérité m’oblige à dire qu’il me faut nuancer cette opinion. En effet, si
je compte bien, j’ai eu à connaître, à l’occasion de cette pratique au
demeurant sans risque avéré, de quatre ou cinq malaises, sans gravité
apparente (mais, ça, généralement, on ne le sait qu’après), et qui ont
provoqué un peu d’agitation dans notre petit Landerneau.
Tu me diras que ça fait beaucoup pour la décade, on ne va pas se
lancer dans des calculs savants (dont je ne saurais même pas poser les
équations) pour décider si tu as raison ou pas, mais, si on reste simple,
quand on rassemble une cinquantaine d’adultes d’un âge certes plus ou
moins avancé pour pratiquer une activité aussi lénitive que la pétanque, on
n’est pas obligé de s’attendre à autant d’occurrences.
Mais là n’est pas encore vraiment mon propos. Ce qui me pose
question, c’est la réaction de nos contemporains, réjouissante, rassurante,
bienvenue en ces périodes de repli sur soi, mais dégoulinante de
bienveillance maladroite. A bien y regarder, on devrait même avoir un peu
peur des réactions de l’assistance en cas de malaise. On les préfèrerait
moins entreprenants...
Pour étayer mes dires, je vous décris une de mes « interventions
impromptues » où je n’ai pas forcément le beau rôle : On arrivait à la fin de
matinée, un joueur tombe (entre les ficelles, les cerceaux et les planches, la
distraction ne pardonne pas). On s’attroupe et on me fait signe, j’entends «
Pas de bol, il y a Alain qui vient de partir ! ». Pan dans l’ego ! Je demande à
la cantonade, avec un peu d’acerbité, si je peux tout de même prêter main
forte. Il faut dire que j’ai vu la cheville tordue si je ne l’ai pas entendu craquer,
c’est au moins une luxation. Le sujet allongé sur le dos, pâle, à la limite de la
perte de connaissance, il a mal. C’est à ce moment que se précipitent
quelques intervenants en mal de secourisme hyper-compétent, l’un qui lui
soulève vigoureusement les jambes en négligeant ce faisant la cheville
forcément douloureuse, deux autres avides d’action lui malmenant le torse
pour le mettre en PLS (pour les non-initiés Position Latérale de Sécurité), et
un quatrième, membre du personnel de la salle de sport tâchant de le faire
s’asseoir sur une chaise qu’il vient d’amener. C’est bien simple, on aurait dit
des poules se disputant le ver de terre qu’elles viennent de déterrer. J’ai dû
élever un peu la voix pour ramener le calme. La suite est moins
traumatisante, je vous rassure, mais tout aussi ubuesque : quelqu’un a
appelé les secours, il répond dans son téléphone aux questions du
responsable de permanence avec les réponses que je lui fournis, tu voudrais
en faire un sketch, tu n’arriverais pas à le rendre crédible.
Les secouristes professionnels arrivent sur ces entrefaites, apparemment
on leur a appris à n’écouter personne (à une autre occasion,
l’un d’entre eux à qui je m’étais présenté m’a écarté en me disant « laissez-
moi faire mon travail ! »), ils ont embarqué précautionneusement notre
invalide.
Tout cela pour dire que la pétanque, ce n’est pas franchement
dangereux, mais que si vous pouvez l’éviter, ce n’est pas là qu’il faut faire un
malaise. Il y a là trop de secouristes en herbe, trop de bonnes volontés
incontrôlables ..."
Texte de Charles Boulenguez





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